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  • : Propos maçonniques
  • : 25/02/2008
  • : Puissent ces quelques propos témoigner de la permanence de la recherche d'une vérité fuyante et incertaine, accaparée par ceux qui, prétendant la détenir, voudraient l'imposer, même par la tyrannie. Ce blog n'engage que ses auteurs. Il est dédié à tous les frères et soeurs, orphelins d'un projet maçonnique exigeant et cohérent, pour des lendemains à repenser, à rebâtir, à rêver.
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Lundi 6 juillet 2009

Chaque mois de juillet, le "Tour de France" ressuscite la grande fête du vélo. Il peut être vu comme un carnaval moderne, qui laisse une place à l’expression mouvante et rituelle des rêves populaires.

Durant cette épreuve, une nouvelle classe d’âge succède à la précédente. Le temps détrône l’ancien monde et couronne le nouveau. Naissance et mort ne sont pas coupées l’une de l’autre et les deux pôles du devenir sont englobés dans leur unité contradictoire.

La course est un temps joyeux, qui interdit à l’ancien temps de se perpétuer et qui engendre le temps nouveau. Les champions qui dominent la course cherchent à acquérir une "maîtrise" de la vie, une forme de perfection humaine où l’imitation des aînés joue un grand rôle.

Cette recherche de la perfection pourrait se définir par trois maximes :

"l’apprentissage, long et difficile, doit être méthodique",
"les chefs-d’œuvre sont marqués par le temps",
"la mort vient toujours à son heure" …

Mais, dans le "Tour de France", on parle de la mort en faisant la fête et en acclamant les nouveaux champions qui viennent pour perpétuer la tradition. Le maillot jaune est un symbole qui fait entrer son détenteur dans la catégorie des hommes dieux qui meurent. Comme dans le cycle du "Rameau d’Or" décrit par James Frazer, "il faut tuer l’homme dieu, dès qu’apparaissent les signes de son déclin et transmettre son âme à un successeur vigoureux".

Ainsi, de maillot jaune en maillot jaune, la course cycliste du "Tour de France" forme une longue chaîne de "meurtres rituels". Héros solaire, le vainqueur conquiert la "Toison d’Or" après une longue lutte et par un acte de rupture : "la mise à mort rituelle et symbolique de son prédécesseur", exécutée au nom de la pérennité des valeurs. Cette mise à mort est réalisée dans un moment d’une "grande sacralité" et le nouvel élu symbolise l’éternelle jeunesse du "monde nouveau"

Ce n'est pas l'usage de parler d'actualité dans ce blog ... Mais observer que l'on peut trouver dans le "Tour de France" certaines analogies avec avec le mythe fondateur de la franc-maçonnerie, c'est souligner que la démarche maçonnique consiste moins à s'envoler ou à se réfugier dans les "nuages théologiques" des rituels et des symboles que de considérer le symbolisme comme une certaine manière de "voir" et de "savoir" qui, en renouvelant le regard intérieur, transfigure la vision de l'homme.

C'est également affirmer que la démarche maçonnique doit intégrer dans sa réflexion les traditions populaires, mythologiques et religieuses, afin d’y rechercher ce qui peut  révéler le sens de la destinée de l’homme et la signification de l’aventure humaine.

Par Eusthenes - Publié dans : Symbolisme - Communauté : Franc-maçonnerie
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Jeudi 18 juin 2009

Suite

Ce glossaire est destiné à permettre une prise de vue sur le blog et un accès aux articles par mots-clés.


*** Apôtres – Les apôtres

La situation des apôtres me paraît assez claire … Je ne crois point qu’ils disaient ou savaient tout le vrai ; et eux-mêmes pouvaient bien sentir que ce qu’ils pensaient était encore misérablement confus, incomplet, incohérent. Mais ils avaient reçu le coup terrible ; ils avaient entrevu que rien ne tiendrait contre le vrai, quel que fut le vrai… Remettre tout en question. C’est se démettre de toute préfecture. C’est se soumettre à toute vérité mendiante … Ainsi les apôtres, soudain frappés de pensée, s’en allèrent mendiants. Ils manquaient d’expérience ; et la grande lumière n’éclairait plus rien … C’est à chercher et à trouver … Telles sont les pénibles suites de cette première imprudence, penser. 
Alain - propos

*** Bonheur – Le bonheur n’est pas au bout du chemin, le bonheur c’est le chemin.

1 - Le bonheur en question 2 - Le destin, la liberté, la vertu – 3 - L’Amour qui meut

1 – Le bonheur en question

C’est dans les religions que l’on trouve les réponses les plus anciennes à la question du bonheur. Une certaine conception de la spiritualité, très courante, fait qu’un nombre considérable de gens sont persuadés que le bonheur se trouve loin au-delà de notre vie présente et que la vie terrestre n’est destinée qu’à nous y préparer. Nous ne le connaîtrons, ce bonheur, qu’après notre mort, ou bien lorsque nos pensées atteindront les plus hautes sphères pendant notre vie, si bien que nous serons encore au monde, mais non plus tout à fait de ce monde.

2 – Le destin, la liberté, la vertu

Ainsi, tout repose sur la qualité de la réflexion de chacun et certains paieront très cher d’avoir pensé si peu, si vite, si mal. Il est d’ailleurs très significatif de retrouver dans le mythe d’Er, la trilogie : pouvoir, argent, sexe. A cette trilogie, qui constitue la voie la plus sure pour l’aliénation morale et sociale de l’homme, répond la devise de la franc-maçonnerie : liberté, égalité, fraternité, mise en oeuvre dans l’itinéraire initiatique du franc-maçon … Bien choisir, voilà l’enjeu, mais bien choisir n’est pourtant pas tout, car l’essentiel est de bien vivre. Même le dernier venu, s’il choisit avec intelligence et s’efforce de bien vivre, peut ramasser une condition convenable et bonne …La déclaration de l’hiérophante est formelle : "La vertu n’a point de maître. Chacun en aura plus ou moins selon qu’il l’honorera ou la négligera" … En tous lieux dans le monde, la cité ou les âmes, ainsi qu’en tous temps, la pensée réfléchie règne en souveraine. Le bonheur est à ce prix.

3 – L’Amour qui meut

Accepter totalement la vie, c’est avant tout être libre de se comporter moralement. L’idée de l’acceptation totale demeure en partie cachée dans le christianisme. Seuls quelques mystiques en parlent sans détour, alors que les religions orientales, au contraire, y insistent particulièrement. Mais il ne suffit pas de changer les noms des pouvoirs de l’âme humaine, que les anciens appelaient dieux et démons, pour qu’ils soient aussitôt privés de leur magie. Ils conservent toutes leurs caractéristiques divines ou démoniaques, même lorsqu’on a supprimé leurs auréoles et leurs ailes, ou leurs cornes et leurs pieds fourchus. Comme nous l’avons vu, la psychologie de l’inconscient, cherche à reconnaître, de nouveau, nos dieux et nos démons … L’univers devient alors un mystère infiniment plus grand que tout ce qu’il est possible d’imaginer. Et rien ne peut nous rendre plus perplexe que de nous demander comment il se fait que chacun de nous ait la possibilité d’utiliser, dans le moindre de ses actes, la même énergie que celle qui meut les étoiles.

*** Cardinal

Lettre pastorale du Cardinal Mercier - Noël 1914

Ce que j’ai vu de ruines et de cendres dépasse tout ce que j’avais pu imaginer. Eglises, écoles, asiles, hôpitaux, couvents sont hors d’usage ou en ruines. Des villages entiers ont quasi disparu …La crainte du Seigneur est le principe de la Sagesse. Les émotions se pressent dans les âmes, mais il en est une qui domine, c’est le sentiment que Dieu se révèle le Maître … Des hommes déshabitués depuis longtemps de la prière, se retournent vers Dieu. Dans l’armée, dans le monde civil, en public, dans le secret des consciences, on prie … Et la prière n’est pas, cette fois, une parole apprise par cœur qui effleure les lèvres, elle monte du fond de l’âme et se présente devant la Majesté Souveraine sous la forme sublime de l’offrande de la vie … C’est tout l’être qui s’immole à Dieu. C’est l’adoration …

*** Cathédrale

1 - Un livre de pierre et de lumière – 2 - Une invitation au voyage

1 – Un livre de pierre et de lumière

En fait, dès que se manifeste le contact avec "l’Inconnu" par excellence, l’homme qui désire témoigner d’une réalité qu’il ne peut nier, mais dont il ne peut rien affirmer de contingent, se trouve dans l’obligation de la voiler par des symboles qui, à leur tour, couvrent autant qu’ils découvrent ce qu’ils doivent transmettre. Le symbole est d’ailleurs d’autant plus riche qu’il est insaisissable et par son ambivalence naturelle, il échappe aux critères habituels de notre analyse scientifique, rationnelle et logique. Car le symbolisme n’est pas une doctrine ni une méthode. Il constitue plutôt une certaine manière de "voir" et de "savoir". Il est essentiel d’en être convaincu pour parvenir à en pénétrer l’essence. Sans en discerner le sens profond, les Francs-Maçons restent cependant épris de la profonde cohésion du monde symbolique. Ils perçoivent d’instinct, qu’il s’agit bien moins de classer des notions et d’étiqueter des personnages que de s’engager, à la suite des maîtres d’œuvre d’autrefois, dans une véritable aventure personnelle et vivante qui, en renouvelant le regard intérieur, transfigure la vision de l’Homme. Il faut savoir lire ce livre et faire son choix, c’est dire ses pouvoirs et sa richesse

2 – Une invitation au voyage


Le véritable sens du voyage, disait Charles Péguy, "ce n’est pas de découvrir d’autres paysages, mais bien de les regarder avec des yeux différents". Car l’apparent n’exclut pas le caché. Les hommes l’ont pressenti depuis toujours. Et les meilleurs d’entre eux - et les plus sages - ont compris que l’acte de voir ne se réduit pas seulement à ouvrir les yeux, mais qu’il nous oblige parfois à les fermer, afin de contempler l’être que nous sommes … De là sont nées deux langues différentes : celle du "visible" et celle de "l’invisible", celle des objets extérieurs et de leurs signes et celle du sujet intérieur et de ses symboles, celle des collectivités et celle des communautés, celle de l’Education et celle de l’Initiation … A l’heure où notre civilisation chavire dans les naufrages des boat people, dans les génocides aux portes de notre continent et dans le martyre de l’enfance assassinée, je vous convie tous devant ce "livre de pierre", afin que l’on ne dise pas devant ce Livre "que Jésus est né et puis qu’il est mort et que tout a recommencé ensuite comme auparavant. Mais au contraire, que Jésus est né, qu’il est né hier, qu’il naîtra demain, qu’il sauvera le monde et qu’il y aura espérance pour nos enfants qu’ils dépassent l’âge de trente trois ans. C’est - dit  Alain - l’âge où l’Homme-Dieu est tout à fait un Homme" … 

*** Chevalier ou citoyen ?

Une aristocratie élitiste inégalitaire ?

Par référence à ce qu’elle appelle la Tradition, la franc-maçonnerie des hauts grades érige ses membres en chevaliers. Ainsi la franc-maçonnerie crée des chevaliers … La société moderne que la franc-maçonnerie du Grand Orient De France revendique de construire au XXIème siècle peut-elle s’accommoder de tels parangons ? Elle se veut républicaine, laïque, égalitaire en droits, fondée sur les principes proclamés par la Révolution et affichés aux frontons de nos constitutions … Est-il encore judicieux et nécessaire aujourd’hui que cette franc-maçonnerie cultive et entretienne une tradition chevaleresque obsolète à forte connotation religieuse chrétienne et assure la pérennité d’une aristocratie à vocation élitiste inégalitaire ? Ne serait-il pas plus urgent et utile à son projet de produire des citoyens laïques, armés pour construire un avenir ouvert à toutes les formes de pensée et de culture ?

*** Colère

Souvent, la coupe est pleine


La colère est mauvaise conseillère. C'est pourquoi je dois m'en protéger. Franc-maçon, je dois modérer mes passions, ne pas devenir irascible, ne pas céder à l'excitation qui fait tomber dans la banalité et enlève le respect des interlocuteurs. Mais souvent, la coupe est pleine, les abus deviennent intolérables. Alors, je parle dans la colère lorsque je suis rongé d'impuissance contre l'ordre établi des choses, contre ceux qui attristent la beauté du monde par leur mesquinerie, leur impolitesse … Contre les ultra nantis, blancs sécurisés qui se plaignent sans cesse, avec leurs petites peurs, leurs petites histoires de grands malheurs et qui se rassurent avec les tarots ou des bracelets porte-bonheur. Comment admettre sans s'indigner que nous puissions garder nos chaudes maisons remplies d'objets inutiles lorsque cinquante pour cent de la population mondiale a faim et que quinze pour cent des gens qui vivent autour de nous sont des exclus ? … Il y a mon ennemie personnelle : la télévision, qui n'analyse pas, ne construit pas et se contente de raconter la peur et le malheur en répétant les slogans et les mots d'ordre de ceux qui, institutionnellement, ont la responsabilité de produire des discours. Cette télé vide, qui donne à voir, mais ne donne pas les moyens de comprendre et qui désigne des boucs émissaires. Il y a mes ennemis historiques qui courent toujours : "les dieux qui - selon Anatole France - ont soif du sang des hommes, tant ils prennent plaisir à provoquer des guerres de religions".

*** Colloque

Le colloque singulier

Toute l’énigme réside donc dans le mot singulier, qui veut dire : seul car secret, sans attache car libre, solitaire car privé entre deux personnes, spécifique car propre à la médecine, unique enfin dans son occurrence et dans son déroulement … Toutes ces exigences confèrent au colloque singulier un caractère quasi sacré qui plane sur toute la déontologie médicale. Le colloque singulier, c’était toute la médecine, c’était tout l’Art de soigner ... Ce n’était pas la rencontre de deux numéros INSEE, mais celle de deux consciences ... L’une qui venait confier sa souffrance, souffrance de son âme, de son cœur, de son corps, sans risquer d’abandonner sa dignité. L’autre qui recevait avec une chaleur fraternelle et qui essayait d’apporter la compréhension, la consolation, le soulagement. … L’acte médical n’était que cela, mais il était tout cela ... Mais que la Médecine de jadis était belle ... Même ignorante, même impuissante ! 

*** Croyance et foi

foi, espérance, charité

"La croyance désigne toute certitude sans preuve ... Lorsque la croyance est volontaire et jurée d’après la plus haute idée que l’on se fait du devoir humain, son vrai nom est la foi" …. "Il n’est pas sûr que les chemins s’ouvriront si on a la foi, mais il est sûr que tous les chemins seront fermés si l’on n’a pas d’abord la foi. Si l’on y regarde bien, la foi ne peut aller sans l’espérance et il y a un genre d’espérance et aussi un genre de foi qui concernent tous les hommes et dont le vrai nom est charité". - Alain. 

*** Devoir (Le)

1 - Le crépuscule du devoir – 2 - Le renouveau éthique

1 – Le crépuscule du devoir

Au commencement de la morale était DIEU. Dans l’occident chrétien, Dieu est source de morale. La morale est d’essence théologique et ne se conçoit pas en dehors de la religion … Avec le Siècle des Lumières, c’est une éthique laïque et universaliste, soucieuse des droits de l’individu qui devient le fondement de la morale moderne. La Déclaration des Droits de l’Homme énonce la base régulatrice du nouveau pacte social. Elle exprime les principes de la morale universelle et traduit les impératifs immuables de la raison morale et du droit naturel, en proclamant "l’individu" comme nouvelle valeur des temps modernes … La morale des devoirs envers soi-même, visant à promouvoir la volonté, la régularité et la discipline ne correspond plus à la société d’aujourd’hui. Les valeurs de l’autonomie individualiste, le culte de la consommation de masse, la concurrence économique, les nouvelles exigences de l’organisation du travail ont abouti conjointement à la création d’une culture où la performance individuelle est partout et les devoirs envers soi-même nulle part.

2 – Le renouveau éthique

Aujourd’hui, la générosité n’est pas une valeur dépassée. Les français font volontiers des dons pour les causes humanitaires. Ils sont nombreux à donner leur sang et plus des deux tiers d’entre eux sont favorables à l’aide au tiers monde. Les médias ont su orchestrer la générosité en devenant des "entrepreneurs moraux"… En ce début du troisième millénaire, un idéal semble ranimer le cœur de nos démocraties occidentales : l’ETHIQUE. L’effet éthique envahit les médias et nourrit la réflexion philosophique et juridique : bioéthique, charité médiatique, actions humanitaires, protection de l’environnement … Le devoir, malgré une connotation religieuse, qui a longtemps dévalorisé son sens dans une société désacralisée, rend à la notion de droit toute sa valeur. Car il y a la même dignité à accomplir son devoir qu’à faire prévaloir ses droits. "Plus l’avenir est incertain, plus les certitudes y prennent du poids ... Plus l’élément de nos actions devient complexe, plus la simplicité de nos devoirs est impérative" ... Alain Etchegoyen - Le temps des responsables. 

*** Doute

"Je doute"

Je n’ai rien à enseigner, je n’ai pas de vérités. Je n’ai pas de maître, pas de gourou, pas de prêtre… Dans le même temps, je ne sais pas le libre penser, je ne sais pas penser librement … Je vois trop les œillères, les ornières, les influences : la toile qui se tisse autour de moi pour nourrir ma réflexion et l’orienter sans que je puisse l’éventrer pour m’en échapper, qui me produit à penser dans un sens ou dans l’autre … J’ai bien quelques certitudes, qui me servent de béquilles. Notamment, le doute. Non pas le Doute ! Mais le fait que "Je" doute. Notamment je doute de moi-même (bien sûr) et de ce que je pense, et de ce que je suis, et de ce que je vois, et de ce à quoi je crois … Je doute, je m’interroge, si ces réflexions relèvent de nos chantiers ? Ne serait-ce que pour inventaire ? Un tour de loge ne manquerait pas d’en faire apparaître d’autres, au gré des sensibilités, des vigilances et des centres d’intérêt de nos frères ...

*** Eleusis

1 - Le mythe 2 - Les mystères 3 - La vie, la mort

1 – Le mythe

De ce que l’on sait, du peu que l’on sait, les Mystères de Déméter appelaient à des Voyages sur la Terre "aux vastes chemins" au moins en Trois étapes : d’Eleusis à Athènes où l’on transporte les objets sacrés (hiéra) qui portent un sens aux yeux des initiés ; d’Athènes jusqu’à la mer pour les purifier à l’eau marine ; enfin la procession des initiés retourne à Eleusis pour y rapporter les objets sacrés purifiés et guides des mystes … Et enfin, à l’évidence, pas d’enseignement … Pas d’école, pas de dogme … L’Initiation appelle à l’Emotion … A force d’impressions qui forgent l’âme et portent à la réflexion, elle soulève d’enthousiasme l’initié. "Ceux qu’on initie ne doivent pas apprendre quelque chose nous dit Aristote, mais éprouver des Emotions et être mis dans certaines dispositions" … Le franc-maçon se trouve en pays familier …

2 – Les mystères

Au travers du Mythe et de ses Mystères, on perçoit l’angoisse de l’éphémère et du sens de la vie individuelle qui conduit à la mort, avec la question lancinante du Sens … Pourquoi cette descente ? Cette incarnation de la Pensée et de l’Âme, dans la chair, la matière, la douleur, le quotidien ? Et quel destin après la mort ? Et déjà l’idée d’avoir à préparer le séjour dans l’Au-delà, en vivant la mort, avant de mourir, pour s’assurer du bonheur dans l’Autre monde …

3 – La vie, la mort


Si les mystagogues, ces hommes initiés qui savent conduire vers la Connaissance, en révélant la Mort avant que d’avoir à mourir, A quoi dès lors sert-il de mourir, si l’on sait avant la mort,  ce qu ‘il y aurait après la mort ?  A quoi sert-il de mourir si l’Initié connaît déjà la Mort de son vivant ? ... Dès lors il reste à Vivre ...

***  Esotérisme

Un mot galvaudé

J’hésite à employer le terme "ésotérique", il est tellement galvaudé ! On en trouve partout, la moindre boîte d’allumettes est prétexte à mettre ses proportions en correspondance avec celles de la Grande Pyramide. Il est devenu, par la force des choses, l’apanage de petits groupes mystérieux qui vous initient, paraît-il, aux arcanes de mystères connus d’eu -seuls et qui sont, bien entendu, hautement ésotériques … Il faut cependant l’aborder sans préjugés ...
 


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Par Eusthenes - Publié dans : Le Blog - Communauté : Franc-maçonnerie
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Jeudi 18 juin 2009

Suite                                                                                                           Précédent

*** Franc-maçonnerie

Qu’est-ce que la Franc-maçonnerie ?

Sans savoir ce qu’est la Franc-Maçonnerie, le profane qui cherche à entrer, souhaite confusément quelque chose de différent qui lui permettra, au-delà de ce qu’il a vécu déjà, d’aller plus loin, vers soi-même, vers les autres, vers le Monde ... Ne suis-je pas responsable, moi et mes frères ? Quel exemple, quelle force, ai-je donnés, avons-nous donnés, qui n’ont pu servir d’exemple, qui n’ont pu rassembler ? Qu’est-ce que la Franc-Maçonnerie ? ... 

*** Franc-maçonnerie

La fin de la franc-maçonnerie ?


Les francs-maçons ont manqué, pour un temps et peut-être pour longtemps, un embranchement essentiel de l’histoire moderne. Au moment où un espace serein de dialogue et d’approfondissement personnel, de réflexion intime et de travail citoyen, était de plus en plus recherché par un grand nombre de personnes, les obédiences ont oublié qu’elles avaient été inventées notamment pour offrir cela. Le Grand Orient assume d’ailleurs une part importante de cette erreur. … La franc-maçonnerie semble devenue une simple spectatrice des bouleversements du monde et de la détresse des hommes. Elle s’émeut, s’agite, dénonce - parfois. Mais elle intervient de moins en moins. Du coup, elle commence à payer le prix d’un renoncement prétendument pragmatique après avoir tant rêvé d’être à proximité du feu des lumières …Si encore il s’agissait simplement de trouver un représentant emblématique à qui on demanderait d’intervenir, la crise serait simple à résoudre … En fait, il n’est pas besoin d’un meilleur porte-parole. Ce qui nous manque, c’est justement la Parole …

 *** Fraternité  (et complaisance)

Rendez à César ...

De l’extérieur, on pourrait dire que la fraternité maçonnique désigne une sorte de contrat moral unissant quelques élus qui se reconnaissent par des signes déterminés et qui ont décidé, au-delà des distances et des distinctions habituelles de la société, de s’entraider et de se tenir les coudes. S’il en était ainsi, la franc-maçonnerie ne serait qu’un clan comme un autre et parmi d’autres …
Pour mériter d’être digne de pouvoir être appelé mon frère en maçonnerie, rendez à la maçonnerie ce qui est à la maçonnerie, et qui n’appartient ni à César, ni à Dieu, ni à l’argent. Et, exigez la même chose de vos frères, sans complaisance

*** Fraternité

Le moment fraternité


Liberté, égalité, fraternité : "Les trois marches du perron suprême" disait Victor Hugo. Peut-on encore accéder à la marche d'en haut sans retomber dans la terreur ou bien dans la niaiserie ? Et comment, au royaume morcelé du moi-je, retrouver le sens et la force du nous ? C'est ce défi, peut-être le plus crucial de notre temps, que Régis Debray s'emploie à relever dans ce livre. Un nous durable faisant toujours référence à une sacralité, séculière ou révélée, il se demande d'abord ce que sacré veut dire, concrètement ; et les droits de l'homme se donnant comme l'expression contemporaine de la solidarité humaine, il ose examiner ce que cette nouvelle religion civile nous fait faire, actuellement. Ce pénible devoir accompli, Régis Debray dégage les voies d'accès à une fraternité sans phrases, qui puissent en faire autre chose qu'un fumigène : un labeur de chaque jour. Dans la conviction que l'économie seule ne fera jamais une société.

*** Graal

Repères sur le Graal


"Puis apparaîssait un "Graal" que tenait entre ses deux mains une belle et gente demoiselle. Une si grande clarté s'épandit dans la salle que les cierges pâlirent, comme les étoiles ou la lune quand le soleil se lève" ... Cette étrange description, due à Chrétien de Troyes a projeté dans toute l'Europe le mythe du Graal. Connu surtout à travers un opéra de Richard Wagner, le Graal a hanté bien des imaginations. Tour à tour écuelle, plateau, vase contenant le sang du Christ, pierre tombée du ciel, cet objet magique et divin demeure le mystère des mystères, la lumière inaccessible vers laquelle tendent toutes les énergies humaines. Alors, le Graal est-il un trésor, comme l'ont pensé ceux qui l'ont cherché dans la citadelle Cathare de Montségur, dans la forêt de Brocéliande, ou dans l’abbaye de Glastonbury en Grande Bretagne ? Le Graal est-il la grâce divine, comme l'ont dit les cisterciens ? Est-il la pierre philosophale, comme l'ont pensé les hermétistes ? Ou bien n'est-il tout simplement qu'un épisode dela légende du Roi Arthur ? Je partage plutôt le sentiment de ceux qui pensent que le Graal est un objet merveilleux dans lequel chacun de nous peut enfermer le but de sa propre quête spirituelle


*** Grades

Hauts grades


Il est inutile de présenter une liste complète des Grades prétendus maçonniques ou plutôt des aberrations de toute nature, pratiquées, pendant un siècle et demi, par des hommes dits d’élite ; inventés par des Maçons qui, doutant de la puissance civilisatrice de la Maçonnerie symbolique, croyaient devoir recourir à une extension de moyens ; ou créés, en plus grande partie, par d’adroits spéculateurs qui, connaissant le faible humain pour les décorations et la vanité, ont enté sur la belle simplicité des trois premiers degrés, qu’ils n’ont pu parvenir à détruire, des systèmes faux et souvent absurdes ou horribles, persuadés que l’appât de la nouveauté attirerait des dupes, dont le nombre aujourd’hui est encore considérable … Renonçons donc à toutes ces innovations schismatiques, hiérarchiques, à toutes ces superfétations hétérogènes, sectogènes. Laissons de côté tous ces titres pompeux et ridicules, tous ces cordons, hochets honteux de vanité, et revenons, de bonne foi, aux utiles effets de l’initiation maçonnique et à sa simplicité primitive ; dans elle seule se trouvent l’union, l’instruction et la force.

*** HiramLa Légende d’Hiram

1 - Origine et signification – 2 - La suite de la légende

1 – Origine et signification

L’étude des origines d’une institution a pour préliminaire la distinction entre la légende et la vérité historique. Cette distinction, entre la fable et la réalité, s’impose particulièrement en ce qui concerne la
légende d’Hiram, dont les origines sont à la fois obscures et méconnues. Si l’on ajoute foi à des contes dont l’antiquité n’est pas douteuse, le problème sera vite résolu … La légende d’Hiram, est pour le nouveau maître une invitation à réfléchir son propre portrait dans le miroir que lui propose la légende. Il essayera donc d’observer comment le miroir est construit en tant que lieu spéculaire des métamorphoses de son propre moi symbolique … 

2 – La suite de la légende

Salomon, Hiram, Zorobabel, n’ont ni construit, ni rebâti le Temple … Ils nous ont légué son modèle, caché sous une image. Ils nous indiquent le chemin vers la Cité Idéale où il s’élèvera, dans l’harmonie … Avec la légende d’Hiram, s’éclairerait toute la signification à donner à la légende opérative et traditionnelle du Temple de Jérusalem ainsi que la haute portée de son enseignement initiatique selon lequel l’accomplissement du chemin de la connaissance rejoint la quête spirituelle de l’Amour.

*** Homme

Le choix de l’homme

II suffit d’être et tout est dit. Le soleil brille, et ne veut rien que sa nature de soleil. Nous voulons ajouter à notre nature des projets, des résolutions, nous nous fixons des objectifs, comme si nous étions en charge du monde, alors que nous ne sommes en charge que de nous-même, et encore !… Notre drame, c’est de prêter des intentions à Dieu. Mais la fin dernière, de Dieu, c’est l’être. En lui l’existence et l’essence sont confondues. C’est nous qui les distinguons parce que nous voulons prouver ce qui ne demande pas preuve. L’Etre. Et c’est là notre faute irréparable. Toute la littérature du monde n’est que pour la faire oublier.

***  Imaginer, créer, inventer …

Cesser de réciter, de répéter, de recommencer

Il y a cent ans, l’information circulait à la vitesse d’un cheval. Elle circule aujourd’hui à la vitesse de la lumière. C’est pourquoi la référence à la Tradition orale ne peut constituer un alibi crédible pour refuser de faire évoluer la franc-maçonnerie dans un monde qui a profondément changé. Ce qui semble donc aujourd’hui nécessaire et urgent pour l’avenir de la franc-maçonnerie, c’est d’abord de dépasser la répétition. Cesser de réciter, de répéter, de recommencer, pour imaginer, créer, inventer … Dans la société d’aujourd’hui, un avenir raisonnable ne peut se concevoir que par la mise en place d’un espace sans frontière où une
intelligence collective permettra de mieux travailler ensemble afin de mieux vivre ensemble. En se donnant les moyens d’y participer, la franc-maçonnerie pourra alors être partie prenante dans l’avènement de lendemains meilleurs … Utopie, dirons certains ? … Pour les maçons, l’utopie n’est-elle pas la vérité de demain ?

*** Initiation

1 - Le bandeau 2 - Le cabinet de réflexion  – 3 - Réception

1 – Le bandeau

L’itinéraire de l’admission dans la Franc-Maçonnerie est jalonné d’épreuves symboliques. La première de ces épreuves est le "passage sous le bandeau". Quel est donc le sens du bandeau et que signifie cette cécité temporaire et imposée au candidat pour son "passage sous le bandeau" et pour la "cérémonie de sa réception" ? … Premier "outil" maçonnique proposé au candidat, le bandeau n’est pas un accessoire futile ou anachronique. Il est le premier symbole du travail sur soi. On imagine mal l’inversion du système, qui proposerait une audition du candidat les yeux ouverts par une loge de mystérieux cagoulés. On peut y voir la différence entre une société secrète et une société discrète et le fait que la loge est un lieu de clarté alors que le candidat se trouve dans les ténèbres.

2 – Le cabinet de réflexion

Toute initiation maçonnique commence dans le
cabinet de réflexion, qui correspond à une partie des rites initiatiques pratiqués en tous temps et en tous lieux. En effet, l’isolement du néophyte dans une cabane ou une caverne est pratiquée depuis la nuit des temps. Il s’agit de séparer le néophyte de sa famille, de figurer, par son isolement dans un lieu fermé, la mort, une rupture, pour préparer un changement essentiel, comme la chrysalide dans son cocon. Le cabinet de réflexion, pour l’essentiel, est la forme moderne et adaptée à nos mœurs de la cabane antique … Comment en effet prétendre sérieusement que les épreuves rituelles transforment réellement, immédiatement ou à terme, celui qui les subit ? Le cabinet de réflexion est un décor de théâtre. Il suggère ce qu’il ne peut être réellement. Ce petit cagibi, dans le meilleur des cas, ce coin de cave, décoré avec des figures symboliques est tout à fait dérisoire relativement aux prétentions affirmées par le rituel. Mais c’est justement là que réside sa signification essentielle.

3 – Réception

Quelle que soit l’obédience, il y a une cérémonie d’initiation (avec un i minuscule) qui n’est pas forcément cette "Initiation" (avec un I majuscule) à laquelle aspire tout franc-maçon et qui a comme finalité une absence totale de sectarisme, une large tolérance, qui ne soient nullement une faiblesse ou un abandon, un désir d’action qui se traduise autrement que par la déclaration : "la Maçonnerie a un rôle à jouer" (sans qu’on sache si c’est un rôle tragique, comique, ou d’ "oseille", dans "l’ample comédie de la vie"… D’abord, le silence, moyen parfait, puisqu’il ne donne que le désir. Ainsi commence de s’établir l’ordre, l’harmonie, la paix intérieure, l’attente, l’attention, la parfaite réserve. Grâce à ce silence auquel nous sommes contraints, la moindre bonne volonté, le moindre bon mouvement de notre part, sont tournés à notre profit. Si loin que nous soyons de la parfaite connaissance, abandonnons-nous un moment à ce silence, profitons-en l’éclair d’un instant pour descendre en nous-mêmes.

*** Initiation


1 - La lumière – 2 - Apothéose – 3 - Emotion

1 – La lumière

L’initiation m’a donné la lumière. La Grande lumière ! C’est un mystère bien étonnant. De quelle "lumière" est-il question puisqu’il ne peut s’agir de celle que j’avais déjà reçue à la naissance. Certes on m’en avait privé par l’usage d’un bandeau pour me faire vivre les épreuves et voyages symboliques. Mais l’initiation ne pouvait pas m’accorder une chose que je possédais déjà et dont la restitution en grande cérémonie était censée me transformer profondément. Bien aimable mystère dont l’apparente simplicité m’interloque toujours … Le petit mémento du grade de maître secret vint à me servir de balise très opportunément, qui déclare que : "... soi-même est la lumière, si petite fût-elle, qui réside au fond de tout être quelle que soit sa condition ... Rechercher, découvrir sa propre lumière intérieure, la définir, elle et ses besoins, puis la ressentir dans la dilatation de tout l’être qu’elle provoque avec l’intense joie qui l’accompagne, est inexprimable." … Mais il a fallu vite comprendre que ce n’était que le début d’un chemin qui m’était montré, un départ, non une arrivée. Et que cette lumière que j’avais reçue en initiation balisait un cheminement sans fin qui conduit sur les routes du monde au travers des valeurs éternelles. Et dans cette course me voici maintenant renvoyé à l’intérieur de moi-même à la recherche de cette Lumière qui y résiderait, découvrant que la mienne doit être bien faible, si petite que j’ai bien du mal à la percevoir enfouie si profond qu’en vérité je ne parviens pas à la ressentir ni à connaître cette dilatation annoncée.

2 – Apothéose

Encore un pas, un dernier pas ... Il disparut, réduit au Tout, à l’intérieur de son aura ... Un dernier pas ... Il se réduit en lumière, A la Lumière  ... Apothéose ...

3 – Emotion

"Ceux qu’on initie ne doivent pas apprendre quelque chose mais éprouver des émotions et être mis dans certaines conditions" (Aristote) … L’initiation appelle l’Emotion à force d’impressions qui forgent l’âme et portent à la réflexion ... Initié certes ... Gratifié de quelques grades du cursus maçonniques, bardé de serments, dont certains si secrets qu’ils interdisent même d’évoquer les avoirs prêtés, je poursuis imperturbablement un chemin dont j’ignore le but. J’avance au hasard, dans l’aléa. La route est dans l’obscur, la destination est incertaine … Et la Lumière n’est à l’évidence pas le but : elle éclaire la voie pour assurer la marche, mais elle n’indique pas le terme qui s’échappe toujours au gré de mon approche … Initié sans doute ... Mais la vie reste en aventure comme à venir ... A l’écoute des autres, à l’écoute de soi ... A la rencontre des autres, à la rencontre de soi ... "Car c’est cela qui a été perdu"... A la recherche de l’Emotion, qui se nourrit et s’éveille au contact du monde, qui nourrit la vie et la révèle ...
 

 *** Initiation - Le Discours de Nîmes

1 - Vers l’avenir – 2 - Pratique de l’initiation

1 – Vers l’avenir

Ce qui constitue le ciment de la société qui se régénère se reconnaît à ceci qu’il est donné comme une vérité indiscutable, et comme un absolu de la foi : quiconque y touche est considéré comme profanateur. Il suffit de constater ce qui se passe dans le monde pour comprendre les fondements de la société future : ces fondements sont liés aux hérésies sociales. Or les hommes ne se délivreront du conditionnement social que par la pratique d’une vie intérieure communiant avec la vie spirituelle de l’humanité éternelle. Voire avec la spiritualité cosmique.

2 – Pratique de l’initiation

Le maçon doit, cherche, et réussit en définitive à sauvegarder son intimité dans le cadre d’un travail collectif. La communication superficielle n’aurait rien à gagner d’un trop aisé laisser-aller qui la transformerait vite en bavardage dérisoire et futile. Or l’intimité de la conscience mérite respect, et d’abord de soi. On n’étale pas ses états d’âme, sauf au théâtre. Et alors c’est pour en délivrer ceux qui se taisent … En définitive, le secret maçonnique est la pierre de touche du maçon : il est sur la voie de la maîtrise quand il sait garder secret le plus précieux de son trésor : le sentiment de la présence à soi, qui lui donne la force d’être. Sur la voie de l’initiation, le secret est l’étape révélatrice de l’aptitude du jeune impétrant à poursuivre dans cette voie. 

*** Initié (par soi-même)

 
"On n’est jamais initié que par soi-même" (Rituel)

La franc-maçonnerie se déclare comme un ordre initiatique. L’initiation apportée par l’opération du rite donne la "grande lumière" symboliquement. Elle indique le chemin, un chemin dont on apprend qu’il faudra le parcourir, quite à en découvrir l’entrée et à en explorer le cours … Parce que la franc-maçonnerie n’a pas d’enseignement ni ne catéchisme avec des dogmes et ne veut pas être une école avec un programme d’enseignement, elle laisse l’initié au début du chemin. Indiquant bien que c’est à l’initié de continuer sa recherche en prenant sur lui-même, sans espérer le concours d’un maître ou d’un guide ou d’un gourou … Initié certes, mais seul … L’initiation me conduit sur le chemin qui même au fond de l’être, au dela des obstacles qui l’enfouissent. Sur cette route, on peut m’encourager, me supporter, me conseiller ... Personne ne peut y aller pour moi.

 *** Intégrisme

La rose et le compas

Ils ont raison les amoureux de la "pureté" car ce sont les intellectuels qui détruisent le mythe. Ces salauds ont inventé le microscope à cause duquel on s’aperçoit que l’"onde pure" grouille de saloperies innommables, toutes petites mais nombreuses ! Ces salauds d’"intellos" détruisent le sacré et les tabous en les expliquant.
Freud a montré que les enfants ne sont pas du tout innocents. Quant à Einstein et sa relativité, il a montré qu’on ne peut plus rien prendre au sérieux ! D’ailleurs, depuis que la terre n’est plus au centre du monde, on peut s’attendre à tout !

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Jeudi 18 juin 2009

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***
Justice (maçonnique)

La manie de juger

Un tribunal en Maçonnerie où manquent les moyens coercitifs, quelle déception l II y a des statuts et des règlements ; si un frère y manque, ou à l’honneur, l’atelier, sur les conclusions du rapport fait ad hoc, prononce une interdiction temporaire ou la radiation sur le tableau, cette formalité réglementaire est toute la justice maçonnique … Voici, d’ailleurs, ce qu’en dit un auteur très compétent, ancien officier du Grand Orient : Un jugement en Maçonnerie n’est et ne peut être qu’une triste et ridicule parodie des jugements rendus, dans la Société, par les tribunaux. On y essaie les mêmes forme ? Ou, du moins, leurs ombres … Une procédure et un jugement maçonniques qui, par les noms imposants qu’on ose leur donner, tendent a déshonorer des Maçons aux yeux des hommes qui se laissent séduire par la pompe des mots, ne déshonorent que les juges, ou, plutôt, en font, tout à la fois, et des Perrin-Dandin, possédés de la manie de juger, et des Scapins qui foudroient leurs ennemis, pour les faire rire. 

*** Justice

Vengeance et justice

Pourquoi ce poignard dans le temple ? Pourquoi ces épées dans la franc-maçonnerie ? Que viennent faire ces armes blanches dans nos confréries qui se veulent affranchies des servitudes du profane ? … Tout est symbole, dit-on. Tout n’est que symbole ? Ce symbole n’en porte pas moins sens … En supprimant le poignard et l’épée de son paysage symbolique, le Chapitre "Je Doute" s’est libéré du poids et des ornières d’un passé qui orientaient a priori la réflexion et l’ankylosait. Sur cette table rase, il lui reste le crayon, la plume pour tout examiner librement. Et faire des propositions pour l’avenir, dignes de cette Utopie que la franc-maçonnerie affectionne.

*** Laïcité

Une idée neuve pour le XXIème siècle

La doctrine de la laïcité de l’Etat a pris naissance en France où elle a été élaborée de la manière la plus systématique et plus la plus homogène … La Laïcité reste une idée neuve pour le XXIème siècle. Lorsqu’elle sera vécue comme un humanisme tolérant, généreux, fondé sur l’amour des hommes, de tous les hommes, "Libres, Egaux et Frères", alors, la nouvelle "foi laïque" pourra constituer une réelle espérance pour l’avènement d’un monde meilleur. 

 *** Maître

Maître de soi

On lit chez nos symbolistes que "le fil à plomb soutenu par un arceau" implique cette démarche, cette descente dans l’intérieur de soi. Le fil à plomb visualise la verticale, attiré par la pesanteur, force vitale centripète issue de l’intime de la terre en son centre … Soi-même étant entendu comme la pierre cachée de VITRIOL, "pierre cachée dans la pierre brute encore chez l’apprenti, mais pierre brute aussi chez tout maçon qui, malgré les degrés et qualités arborés, reste toujours un apprenti, se revendique toujours apprenti". Ainsi espère-t-on que le fil de ce bijou serve de fil d’Ariane dans ce voyage intérieur, dans ce travail sans fin, sur la voie de la connaissance de soi … de la maîtrise de soi.

*** Maîtrise

La vraie maîtrise

Assurément, la direction supérieure de la Maçonnerie n’appartient pas aux dignitaires qui sont élus annuellement. Ces chefs de Loges ou de Grandes Loges dirigent en petit et trop souvent avec mesquinerie : parfois ils manient en mauvais "Compagnons" le Maillet qui leur est confié ; en dépit de leurs titres et de leurs chamarrures, ils ne sont pas … les véritables Maîtres La vraie Maîtrise est discrète : indifférente aux honneurs, elle peut les accepter, mais préfère les fuir. Son action est silencieuse, car le vrai Maître laisse parler et se contente d’agir ; il œuvre modestement dans sa sphère, sans se laisser troubler par l’agitation de profanes déguisés en initiés. Fidèle à son idéal, il s’attache à vivre exemplairement. S’appliquant à bien travailler, par pur amour de l’Art, il n’est pas abandonné à lui-même.

*** Morale

Pour une nouvelle morale ?

 "La morale n’a pas changé. Ce qui a changé, c’est qu’on ne l’enseigne plus"... Au début du XXème siècle, à l’existence de Dieu près, la morale enseignée alors par le curé était la même que celle enseignée par l’instituteur socialiste. Elle était porteuse de valeurs potentiellement universelles, comme le progrès, la dignité, la solidarité … Il faut donc que soit clair, pour tous, le principe d’une diversité de réponses possibles aux questions de sens et que les religions ne sont pas les seules détentrices des réponses à ces questions. 

*** Mythologie

Les conflits de l'âme humaine

Les évolutions des astres sont imaginées comme des combats entre divinités bienfaisantes ou malveillantes. Au-delà de ces phénomènes immenses et sans rapport avec la durée de la vie humaine, émergent des images à signification précise, qui ont pour but d’exprimer les conflits internes de l’homme dans cette immensité effrayante. Et de poser la question de sa destinée après la mort … C’est ainsi que la figuration mythique, imaginée à l’origine comme un combat entre les astres considérés comme des divinités, finit par exprimer les conflits internes de l’âme humaine. La lecture des récits mythologiques compris dans cette voie, devient alors à la fois passionnante et très révélatrice.

*** Pierre

La Pierre d’Angle


"La pierre qu’avaient rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle" – Psaume 118 verset 22.

 L’impétrant qui frappe à la porte soumet avec humilité son "œuvre" aux Grands Gardiens du temple comme preuve de sa qualification. Cette "œuvre", c’est une pierre taillée, image de lui-même, projection minérale de son entité invisible, perçue en géométrie … Les Grands Gardiens examinent cette pierre et décident de la rejeter. Les bâtisseurs ont perdu de vue le sens et la finalité de leur travail. Ils se sont installés dans leurs habitudes. La répétition de leurs gestes les a mentalement rétrécis : ils ont confondu la fin et les moyens, ils ont oublié l’essentiel, ils ont érigé en normes absolues les normes relatives aux phases transitoires. Erreur fondamentale, voilà la lourde faute contre l’esprit dont les Grands Gardiens se sont rendus coupables … Lorsqu’un profane est entendu sous le bandeau et que chacun se trouve en situation d’exercer son pouvoir discrétionnaire sur un candidat qui demande son admission parmi nous, il m’arrive de penser intérieurement :
"Ecoute cet homme qui est venu frapper à la porte, essaie de le comprendre, car si tu fermes la porte à ses erreurs, la vérité risque de rester dehors" ...

*** Quête

Le mythe de la quête

Comment aborder une approche des mythes avec un regard résolument tourné vers le futur ? ... Peut-être en se demandant pourquoi il est impossible d’éviter de réfléchir son propre portrait dans le miroir qu’est par définition un mythe. Car il n’existe aucun lecteur sérieux qui n’ait trouvé dans un mythe, autre chose que sa propre image. Voilà qui place le mythe au cœur du véritable étonnement philosophique, au chapitre des miroirs. Et le piège dans lequel le mythe prend tout lecteur, est qu’il ne nous permet pas d’échapper à l’autoportrait, du moins après avoir tenté de jeter un regard vers le miroir qui nous regarde … Car dans le propos de la franc-maçonnerie initiatique, il y a ce risque fou, pris sans doute sans que chacun en mesure bien la portée : créer, construire une religion sans église, vivre une fraternité fondée sur les grandes vérités humaines, créer une communauté qui ne repose plus sur le combat pour le pouvoir, sur l’entreprise dominatrice, sur la volonté de primer, mais sur la joie d’être et l’exaltation des modalités généreuses de l’être … Qui a mesuré la force de libération de cette révolution métaphysique ? Etre un saint sans dieu, disait Camus ... Y a-t-il une gageure plus redoutable, plus libératrice et plus exigeante à la fois ?

 *** Religions

 
Les trois religions

Les images de Noël sont étonnantes et même à bien regarder, subversives. Il y a lèse-majesté dans ce vieux mythe et j’admire comment la pensée populaire tient ferme depuis tant de siècles. Cet enfant dans la crèche, entre le bœuf et l’âne, et ces rois mages adorant, cela ne signifie pas que les pouvoirs vaillent un seul grain de respect. Il me semble aussi que le bœuf et l’âne, dans cette puissante image, figurent les dieux de l’Inde et de l’Egypte, déchus mais encore participants … Il faut que l’Esprit, en chacun de nous, réalise l’unité entre la loi du Père qui demeure, et la loi du Fils, qui est éternelle …

*** Repères historiques

1 - De 1717 à 1870 2 - De 1871 à 2008

1 – De 1717 à 1870

L’histoire de la franc-maçonnerie, telle qu’on la raconte, est encombrée d’un fatras romantique, imaginé par des francs-maçons, certes épris de l’Ordre, mais il faut bien le reconnaître, parfois un peu délirants … L’absence de textes précis ne permet pas de connaître les origines exactes de la Franc-maçonnerie qui est, à quelques années près, aussi ancienne en France que la maçonnerie anglaise.

2 – De 1871 à 2008

Pendant la période historique, allant de 1871 à 1905 : lutte contre la Restauration, lois sociales, organisation de l’enseignement laïc, lois concernant la séparation des églises et de l’Etat, la lutte de l’Ordre maçonnique pour la défense de la République se transforme peu à peu en succès affermis, puis en triomphe et enfin en apothéose. Les français républicains doivent un juste hommage à la Franc-maçonnerie toute entière pour l’abnégation et le courage qu’elle a déployés pendant trente années : trente années qui comptent … Aujourd’hui, jamais les conditions historiques, politiques, sociales et culturelles, n’ont assigné aux écoles de la philosophie éternelle, aux compagnons du Temple invisible un rôle aussi évident et nécessaire.

*** Rituels

Références catholico-hébraïsantes

Une réflexion, qui proposerait aujourd’hui aux athées, aux agnostiques et aux musulmans, un symbolisme maçonnique dégagé des références catholico-hébraïsantes peut paraître sacrilège pour certains. Elle n’en serait pas moins innovante et prospective pour la grande famille des compagnons du Temple Invisible, voyageurs de l’absolu, qui est soudée par tout ce qu’elle a vécu, ce qu’elle vit, mais davantage encore parce qui lui reste à découvrir et à dire, même autrement ... 

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Jeudi 18 juin 2009

Début                                                                                                          Précédent

*** Sacré

Franc-maçonnerie et sacré

Le sacré exprime l’intuition, la quête d’une valeur suprême, d’un inconditionnel inhérent à tout idéal et la capacité de l’être humain d’accorder plus de prix, de respect et d’amour à un autre être, à une valeur, poussée parfois jusqu’au "sacrifice", qu’à lui-même … Ces notions expriment la dimension spirituelle inhérente à l’esprit humain et dont il a besoin pour espérer, admirer, aimer, créer et se dépasser. Il s’agit de les utiliser de manière philosophique, non dogmatique, ce qui suffira à les distinguer des religions … Le sacré renvoie à l’initiation, à la quête initiatique. Tout commence lorsque nous prenons le chemin de nous-même " en mettant à nu l’étincelle qui se trouve en chacun de nous et qui, une fois révélée, éclaire l’univers et lui donne un sens".

*** Sagesse

Une sagesse pour l’occident

Ce qui manque, c’est un lieu de rencontre entre les êtres les plus divers. Un lieu et un langage. Un langage et un rituel. Ce qui manque, c’est une structure d’accueil où les rencontres s’établissent non au niveau de l’identité religieuse ou ethnique, ou nationale, mais au niveau de la simple humanité … La voie que la franc-maçonnerie choisira demain, sans doute l’ignorons-nous. Mais si elle peut conduire a faire du franc-maçon un homme bon, courageux, secourable et un frère pour ses semblables, comme un ami pour lui-même, elle n’aura pas trahi nos espérances. Dès aujourd’hui le devoir commande … Et si nous trouvons sur notre route des hommes qui n’ont ni nos croyances, ni la couleur de notre peau, ni notre méthode pour combattre l’injustice, ni nos façons d’aimer la lumière du jour, sachons pourtant les reconnaître comme des frères.

*** Secret

Le vrai secret du franc-maçon

Que ceux qui sont tentés de lire les ouvrages maçonniques n’espèrent pas y trouver révélé aucun secret : ils seraient bien déçus. Si la seule curiosité les pousse à cette lecture, qu’ils écoutent le conseil du Cabinet de Réflexion : "Si la curiosité t’a conduit ici, va-t’en" ; Mais si est né et a grandi dans leur cœur le besoin d’apprendre une géométrie humaine, créatrice d’ordre, d’équilibre, de mesure et d’harmonie dans l’individu d’abord, dans la société ensuite, rendus tous deux plus fraternels, alors seulement, ils auront chance de tirer quelque profit des études qui leurs sont offertes sur la Franc-Maçonnerie, telle que l’a façonnée son histoire.

*** Simorg

"L’existence précède l’essence"

Sartre eut le courage de l’affirmer sans nul mysticisme. Il a forcé le paradoxe jusqu’à dire que l’homme est condamné à être libre dans un monde où "l’existence précède l’essence" ; que nous ne serons quelque chose qu’une fois morts. Avant, nous ne sommes pas, nous existons sans savoir ce que nous serons … La démarche initiatique résout le paradoxe : elle associe de façon égale l’engagement et la connaissance, la foi axiomatique par les mots substitués et le doute rationnel ; la parole et le silence ; l’existence fraternelle et l’essence de l’amour. 

*** Sources - Voyage vers des sources inhabituelles

1 – Plotin, une intense expérience initiatique
2 – De la pierre brute à la lumière
3 – Maître Eckhart, une autre source de la libre pensée maçonnique
4 – Une anticipation de l’initiation maçonnique
5 – L’ombre se perdit dans le soleil

1 – Plotin, une intense expérience initiatique

Parler de Plotin, c’est prendre le risque de faire d’abord étalage d’érudition philosophique. Risque à prendre, car remonter à une source "plotinienne" de la franc-maçonnerie ouvre à bien davantage pour le franc-maçon qu’au plaisir vain de jouer à l’érudit. On y découvre une intense expérience initiatique. Comme la plupart des philosophes de l’Antiquité - comme Socrate, Diogène ou Sénèque - Plotin voulait en effet que sa propre vie soit le premier témoin de la vérité et de la cohérence de ses pensées. Il vécut à une époque d’intense compétition religieuse et spirituelle, au sein d’un empire romain déjà largement menacé à ses frontières et qui voyait s’affronter quantité de sectes religieuses dont l’une allait s’imposer, un siècle plus tard, comme l’alliée exclusive du pouvoir impérial finissant.

2 – De la pierre brute à la lumière

"Reviens en toi-même et regarde : si tu ne vois pas encore de beauté en toi, fais comme le sculpteur d’une statue : il enlève une partie, il gratte, il polit, il essuie jusqu’à ce qu’il dégage de belles lignes dans le marbre : comme lui, enlève le superflu, redresse ce qui est oblique, nettoie ce qui est sombre pour le rendre clair, et ne cesse pas de sculpter ta propre statue, jusqu’à ce que l’éclat divin de la vertu se manifeste, jusqu’à ce que tu voies la tempérance siégeant sur un trône sacré … Es-tu devenu cela ? … Est-ce que tu as avec toi-même un échange pur, sans aucun obstacle à ton unification ? … Es-tu tout entier une lumière véritable ?" …
En quelques mots, Plotin passe ainsi de la pierre brute à la lumière. Quant à la relation avec l’autre, les valeurs qu’indique Plotin tendent à construire un "lieu sacré" pour l’échange, équivalent à la fraternité pythagoricienne ou à la loge maçonnique.

3 – Maître Eckhart, une autre source de la libre pensée maçonnique

Plotin parle d’un chemin délicat à suivre à travers différents niveaux de conscience. Il décrit un travail sans fin, une difficile conversion du regard, une sensibilité grandissante à la beauté, à la présence de l’indicible. Il postule la nécessité du détachement de soi. Il dit que l’échec, s’il vient, naît de ce que l’on ne retranche pas suffisamment de soi ce qui n’est pas conforme à l’essence recherchée. Il pointe l’insuffisance des mots, le manque d’humilité, le fait que l’on ne cherche pas la vérité du réel là où elle est la plus "comme une", la plus commune. Cette approche essentielle de la réalité, on la retrouvera chez une autre source surprenante - encore peu reconnue en tant que telle - de la libre pensée maçonnique : Maître Eckhart … Lorsqu’ils parlent, les initiants savent qu’ils vont bientôt devoir se taire, et cela, ils ne le craignent pas. Ils ont découvert que le meilleur d’eux-mêmes a lieu quand ils sont en dehors d’eux, et que leur parole n’est là que pour les transporter au dehors de ce qu’ils sont. Ils ont réalisé que la parole commence par dire "je suis celui qui suis"et finit par reconnaître : "je suis ce que je suis". Puis, c’est le détachement définitif de soi, le silence. Et c’est dans le silence que la parole renaît : "je suis". La mort n’y peut rien : "mort, je suis celui qui parle sans être là" ...

4 – Une anticipation de l’initiation maçonnique

Remonter à Plotin, quand on est franc-maçon, c’est mieux éclairer la profonde faiblesse "ontologique" qui fait recourir, d’un jour à l’autre, au repli sur l’individualisme, au désir d’accaparer, à l’acceptation de la violence et de la concurrence, à la compensation illusoire avec des avoirs inutiles. Avec, en boomerang, la crainte tout aussi récurrente de perdre tout çà, et surtout la peur atroce de la mort ... Au contraire, remonter jusqu’à Plotin, c’est peut-être pouvoir mieux se rappeler que si vient un nouvel amour, ou une réconciliation entre l’autre et soi, ou que reprenne le sentiment d’une union intime avec les choses de l’univers, d’un coup, on aura moins peur. Ce sera une nouvelle liberté, un espace agrandi pour respirer le parfum de la vie. Et trouver en soi davantage de générosité d’être.

5 – L’ombre se perdit dans le soleil

Les sources qui mènent à la mer sont innombrables. Elles sont celles de "la négation de la négation", de la négation des limites qui prétendent identifier l’être, comme un policier identifie un coupable … Le persan Attar - le parfumeur - donna, à la fin du Mantic Uttaïr (Le Colloque des oiseaux) une image aussi simple que belle de la négation de la négation : "l’ombre se perdit dans le soleil, et voilà tout"… Ce fut à propos de la rencontre finale, après de multiples épreuves, du groupe des trente oiseaux - l’effectif d’une loge - avec le Simorg fabuleux qu’ils cherchaient ensemble. Pourquoi chacun des trente cherchait-il ainsi ?… Plotin le dit simplement (Ennéade VI, 7, 33, 22) : "ce qu’il a ressenti depuis le début, c’était, à partir d’une faible lueur, l’amour de cette immense lumière". "Soi-même étant la lumière" … 

*** Spiritualité
(maçonnique)

1 – Des sensibilités très éloignées
2 – Une rencontre selon un désir réciproque

1 – Des sensibilités très éloignées

La Franc-Maçonnerie, à travers ses diverses obédiences et les différents rites pratiqués par les Loges reflète des conceptions fort diverses et témoigne souvent de sensibilités très éloignées : approche religieuse de la destinée de l’homme et du sens de l’existence pour certains, morale laïque, non dogmatique pour d’autres … Les rituels et outils symboliques proposés par la franc-maçonnerie deviennent alors des catalyseurs pour une recherche intérieure. Et une perception indicible du "tout autre", initie un nouveau commencement, ouvre un nouveau chemin, dont on prend de plus en plus clairement conscience et qui affecte ce qu’il y a de plus profond en chacun de nous : la connaissance de soi-même, celle des autres, celle du monde, et celle du sens possible de l’existence … Les frères "pragmatiques" trouvent cette démarche un peu trop abstraite. Francs-maçons vigilants sur le respect des principes de liberté, d’égalité et de fraternité et de laïcité, ils n’ont guère de goût pour les rituels ou les symboles, qu’ils considèrent généralement comme un héritage désuet, encombrant, emphatique, parfois sectaire, surtout lorsqu’ils affichent trop clairement leurs références à telle ou telle tradition. Notamment celles du judaïsme et du christianisme, omniprésents dans nos symboles et nos rituels. Mais leur tolérance leur permet de s’en accommoder par révérence à l’Histoire.

2 – Une rencontre selon un désir réciproque

En réalité, ce n’est pas le fait d’avoir surmonté les "épreuves" de la cérémonie de réception qui fait qu’un profane devient franc-maçon, mais bien la rencontre préalable entre une volonté personnelle d’entreprendre une démarche initiatique et le vote favorable d’une loge en faveur du candidat. A travers une cooptation se manifeste ainsi l’acte fondateur de toute démarche spirituelle : une rencontre selon un désir réciproque … C’est en cela que la franc-maçonnerie libérale peut proposer une véritable spiritualité à partir de ses réflexions sur les questions sociales et morales. Spiritualité qui va se montrer selon une conception étendue du devoir qui s’impose à chacun, du seul fait d’être capable de parole et d’échange. Spiritualité dont on peut dire qu’elle est à l’égal de celle des religions, qu’elle est "religieuse" non pas au sens "clérical" du terme, mais au sens "étymologique". Par le lien qu’elle crée tant avec l’autre qu’avec soi-même, lien et dialogue impliquant un travail persévérant, passant par le doute et le détachement de toute certitude trop bien "ancrée". Travail à la mesure de ce principe selon lequel nul n’est initié que par lui-même.

*** "Symbolatrie"

Les symboles ne doivent pas vénérés

Comment un esprit de recherche critique peut-il exister là où l’Ordre est considéré comme un culte pseudo-mystique ? [...] Nous reconnaissons qu’il y a de la place, dans la Franc-maçonnerie, pour toutes catégories et écoles philosophiques avec certaines limites [...]. Mais je suggère que nous devrions toujours regarder avec inquiétude l’émergence d’un dogmatisme là où la liberté d’interprétation a prévalu jusqu’à présent … La symbolâtrie (vénération excessive des symboles) rend le symbolisme complexe et obscur. Elle engendre un éloignement inutile du simple symbolisme originel adopté pour une meilleure compréhension de concepts moraux ? La Franc-maçonnerie ne définit pas la signification des symboles. Elle invite ses membres à spéculer sur leur sens. Cette liberté d’interpréter est bonne, mais quand elle est poussée à l’extrême elle peut n’être d’aucun bénéfice, et être même dangereuse pour ceux qui n’ont pas une culture maçonnique suffisante … Les symboles sont à utiliser pour une meilleure compréhension des concepts qu’ils supportent. Ils ne doivent pas vénérés au point de devenir le but final de la recherche de ceux qui cherchent à tirer de leur interprétation une satisfaction émotionnelle, plus qu’intellectuelle.

*** Tarots

Cartes - Histoire - légende

Il existe plusieurs sortes de tarots : tout d’abord, ceux qui servent à jouer aux cartes et qui sont les plus connus. Et puis ceux qui servent à tirer les cartes … Mais le plus connu de tous est le Tarot "dit" de Marseille, dérivé du jeu de Tarots de Charles VI, qui présente une série de figures allégoriques … Ainsi, jeu de cartes des plus anciens, le tarot met en œuvre un monde de symboles. Et comme dans le nom même de Tarot, il reste toujours, dans ces images quelque chose qui nous échappe … C’est en Italie du Nord qu’il faut aller chercher les premières manifestations du Tarot … C’est à Oswald Wirth que l’on doit la première tentative pour concevoir et éditer un Tarot spécifiquement ésotérique. Il dessina, en 1889 une série de vingt deux cartes, fortement inspirées du Tarot de Marseille. Ainsi, d’un symbolisme perdu, celui des Triomphi milanais originels, les occultistes modernes ont tiré une nouvelle interprétation nourrie de l’égyptomanie de la fin du XVIIIème siècle et de l’influence de l’alchimie, désormais cantonnée dans le champ de l’indicible.

*** Technique

La technique pouvoir du rêve

La technique n’est pas une question subalterne. Le monde pourrait nourrir convenablement les sept milliards d’humains qui l’habitent et même les douze milliards qui l’habiteront en 2100, si les ressources de la technique étaient mobilisées à cet effet, c’est à dire si les cultures des peuples pauvres étaient suffisantes. " Donne un poisson à un homme, il mangera un jour ; apprends-lui a pêcher, il mangera toute sa vie " … Actuellement une déstabilisation de grande ampleur comparable est entrain de s’accomplir, menant à la construction d’une société de l’intelligence. Elle s’articule sur la structuration du temps. La microélectronique n’est pas autre chose que la possibilité de programmer des évènements qui se déroulent en nano-secondes. La permissivité, du fait de l’ouverture mondiale des marchés déréglementés est là. La transition durera entre un à deux siècles ...

*** Tentation de Blois (La)

1 - Un rituel libéré. Chiche ? 2 - Le rituel de Blois

1 - Un rituel libéré. Chiche ?

Nous avons assisté à la fin du XXème siècle à la résurrection du Rite Français pour les grades "dits de Sagesse". D’abord avec une relative indifférence et ensuite avec un prudent scepticisme parce que la rumeur des parvis faisait courir l’idée que ce Rite Français était autant sinon plus "christique" que le Rite Ecossais Ancien Accepté … Lorsque nous avons eu la curiosité d’accéder aux textes, ce sont d’abord les ressemblances entre les deux rites qui ont retenu notre attention : même fond légendaire, même présence de la bible dans la structure intime du rituel avec de surcroît un aspect farce relevant des Monty Python qui, pour être amusant peut-être, semblait conduire le symbolisme aux limites du simplisme et aux frontières d’un ridicule meurtrier. 

2 - Le rituel de Blois

C’est cette liberté qui nous a engagés à faire le pas, à mettre au point notre rituel et à créer à Blois le Souverain Chapitre "Je Doute" en mars 2002. Nous avons simplement tranché tous les liens qui renvoient impérativement ou insidieusement sur les livres de la Bible (Ancien et Nouveau Testament. Et cela suffit à faire apparaître la richesse fondamentale d’un Rite ouvert dès lors dans sa structure sur l’entier des hommes. Pas de maître à penser. Pas de guide. Ni gourou, ni prêtre, ni pasteur, ni rabbin. Aucun imam. Aucune autorité de référence. Aucun pouvoir de l’un sur l’autre. Aucune sujétion. Ni devoir d’obéissance et de fidélité. Chacun rencontre en soi-même ses propres exigences sans se trouver jamais justifié d’imposer à qui que ce soit des rigueurs fantasmatiques. Seulement des francs-maçons, maîtres souverains, citoyens libres sur le chemin de "l’à-venir" … Des frères sceptiques à qui l’on essaie d’expliquer notre démarche de libération vis à vis de toute référence religieuse et de la bible eurent cette remarque : "Mais alors il ne reste plus rien ?". Amusant !… Comment mieux justifier l’urgence de notre démarche ?

 *** Valeurs

Réaffirmer nos valeurs

La Franc-maçonnerie ne peut se contenter de prôner un ordre et une ligne sociale que, par tradition, elle juge meilleurs. Pour réaliser son idéal, elle doit d’abord former des hommes libres, capables de juger, d’exister et d’agir par eux-mêmes. Plus que des militants, elle doit former des sages, qui à partir de leur culture, de celle des autres et du monde, persévèrent pour progresser avec prudence et mesure, vers plus d’harmonie, d’unité et d’universalité, condition de toute fraternité … L’image que nous devons donner de la Franc-maçonnerie ne peut être celle d’une sorte de conservatoire d’un humanisme édulcoré. Nous avons la certitude qu’elle détient une partie des raisons que les hommes et les femmes d’aujourd’hui ont d’espérer. C’est cette image là que nous devons présenter à l’extérieur, en accordant, dans le contexte profane et maçonnique, nos actions avec les principes de notre Ordre, en nous souvenant qu’un homme n’est pas ce qu’il dit, mais qu’il est ce qu’il fait. 

*** Vocation (maçonnique)

1 - Une sorte de hasard 2 - "Sincérité Parfaite"

1 – Une sorte de hasard

A l’origine je ne me souviens pas avoir eu une vocation particulière à devenir franc-maçon. C’est un ami qui s’est dévoilé, qui m’a fait entrer. Une sorte de hasard, donc, par voisinage de palier. Si j’avais choisi un autre logement, je ne me serais pas rencontré avec ce voisin, qui ne serait pas devenu mon ami, qui ne m’aurait pas fait entrer … Je m’attache aussi à ce minimum de rigueur et d’exigence qui permet au maçon de se respecter lui-même afin de provoquer le respect des autres. Je crois voir que les profanes qui demandent l’entrée du Temple espèrent y trouver ce monde de rigueur, d’exigence qui les libérerait du tout-venant, du n’importe quoi, du laxisme courant hors du temple … Mais je vois bien aussi que des Frères s’éloignent, prennent du champ, que les colonnes sont désertes de beaucoup de Maîtres plus anciens, que les rappels discrets au règlement et à leurs obligations prises sous serment n’émeuvent pas. Ni excuse, ni obole, ni fraternité pour leurs absences … Où est leur fraternité ? … Quand les colonnes sont décorées d’apprentis et de compagnons, et que je ne vois de Maîtres que dans les Offices, me vient la question de savoir comment l’atelier assure sa pérennité ? Comment la Franc-Maçonnerie perdure dans son message, si ceux qui se sont engagés par serment à assurer cette pérennité se refusent à accomplir leur devoir ?

2 – "Sincérité Parfaite"

Je sais bien que je ne sais rien ou peu de chose de la Franc-maçonnerie. Mais je croyais avoir compris dans cette superbe formule rituelle : "Mes frères me reconnaissent comme tel", que la Franc-Maçonnerie n’est pas un état, que le franc-maçon n’existe pas par soi-même, qu’il n’existe que parce qu’il est reconnu par d’autres francs-maçons qui n’existent eux-mêmes que par la reconnaissance des autres. Or, pour se faire reconnaître, il faut être là ... Qu’en est-il de celui qui n’est pas là ? … Je me sens un franc-maçon bien indigent. J’ai regardé bien sûr du côté du symbolisme, de la kabbale, du judaïsme, de l’alchimie, des nombres et des religions. Cela ajoute à ma confusion et je reste incrédule, ignorant sans doute. Vocation peut-être puisque j’ai été appelé, mais ignorant et bien incapable d’en être l’acteur parce que je n’en comprends pas les moyens … Tout ceci dit dans le souci d’une "Sincérité Parfaite", en mémoire de la lumière que j’ai reçue dans l’atelier qui porte ce titre distinctif ...


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Par Eusthenes - Publié dans : Le Blog - Communauté : Franc-maçonnerie
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Lundi 15 juin 2009

Voici un article de mon ami Candide ...

"J’hésite à employer le terme "ésotérique", il est tellement galvaudé ! On en trouve partout, la moindre boîte d’allumettes est prétexte à mettre ses proportions en correspondance avec celles de la Grande Pyramide. Il est devenu, par la force des choses, l’apanage de petits groupes mystérieux qui vous initient, paraît-il, aux arcanes de mystères connus d’eux-seuls et qui sont, bien entendu, hautement ésotériques.


Il faut cependant l’aborder sans préjugés" ... 
A  lire ... Ainsi que bien d'autres sur son blog ... 

http://candide.over-blog.fr/article-32588936.html


Illustration :
Dame Alchimie

Les neuf degrés de la sagesse

Les deux voies de la connaissance
Exotérisme : livre ouvert
Esotérisme : livre fermé

Cathédrale Notre Dame de Paris
Façade Ouest - Portail Central


Par Eusthenes - Publié dans : Philosophie - Communauté : Franc-maçonnerie
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Lundi 1 juin 2009

La situation des apôtres me paraît assez claire … Je ne crois point qu'ils disaient ou savaient tout le vrai ; et eux-mêmes pouvaient bien sentir que ce qu'ils pensaient était encore misérablement confus, incomplet, incohérent.

Mais ils avaient reçu le coup terrible ; ils avaient entrevu que rien ne tiendrait contre le vrai, quel que fut le vrai ; ils avaient aperçu la somme de pensées agréables qu'ils leur faudrait peut-être abandonner. Peut-être ce grand doute les dépouillait déjà !

Remettre tout en question. C'est se démettre de toute préfecture. C'est se soumettre à toute vérité mendiante …

Ainsi les apôtres, soudain frappés de pensée, s'en allèrent mendiants. Ils manquaient d'expérience ; et la grande lumière n'éclairait plus rien.

Il y a une vérité de l'ordre, une vérité des pouvoirs, un ajustement, une obéissance ; mais sans aucun tyran. C'est à chercher et à trouver.

Telles sont les pénibles suites de cette première imprudence, penser.

Alain - Octobre 1930
Propos - Gallimard - Bibliothèque de la Pléiade (Tome 1 - p. 969).

Par Eusthenes - Publié dans : Philosophie - Communauté : Franc-maçonnerie
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Samedi 30 mai 2009

"L'ombre se perdit dans le soleil" … -

L’initiation maçonnique est un voyage, mais la pensée de l’ego fonctionne par rapport à l’océan de l’esprit comme moule accrochée à son rocher. La moule, effectivement, ne va jamais très loin. Et l’on ne saurait dire qu’elle voit grand chose de la mer.

Le franc-maçon, s’il ose voyager, s’il cesse d’être moule, n’aura de cesse de découvrir l’immensité de la mer où il peut voyager librement, sans craindre les épreuves. Il peut voyager par Plotin et Eckhart, ou par bien d’autres. Libre à lui, pourvu que tous aient volonté de liberté, d’égalité, d’amour de ce qui est le plus commun. Et qui est le plus noble et le plus limpide.

Les sources qui mènent à la mer sont innombrables. Elles sont celles de "la négation de la négation", de la négation des limites qui prétendent identifier l’être, comme un policier identifie un coupable.

Le persan Attar - le parfumeur - donna, à la fin du Mantic Uttaïr (Le Colloque des oiseaux) une image aussi simple que belle de la négation de la négation : "l’ombre se perdit dans le soleil, et voilà tout"…

Ce fut à propos de la rencontre finale, après de multiples épreuves, du groupe des trente oiseaux - l’effectif d’une loge - avec le Simorg fabuleux qu'ils cherchaient ensemble. Pourquoi chacun des trente cherchait-il ainsi ?

Plotin le dit simplement (Ennéade VI, 7, 33, 22) : "ce qu’il a ressenti depuis le début, c’était, à partir d’une faible lueur, l’amour de cette immense lumière".

"Soi-même étant la lumière" …

Par Pierrick - Publié dans : Franc-Maçonnerie - Communauté : Franc-maçonnerie
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Jeudi 28 mai 2009

Une anticipation de l'initiation maçonnique -

Plotin eût de lourdes peines avec le vieillissement, la maladie et la déchéance de son propre corps. Il ne cesse cependant pas de parler de la beauté du corps dans le regard amoureux. Cette beauté est allusive d’une autre. Il parle d’une "beauté merveilleuse (qui le rend) certain alors d’appartenir au monde supérieur". Supérieur, mais non séparé.

Il va plus loin : il s’interroge sur ce qui nous fait si rapidement oublier l’extase du détachement de soi qui intervient dans la vision amoureuse de la beauté du corps et des choses, dans la vision de leur unité. Pourquoi revient-on si vite à ce qui nous rétablit illusoirement, de mauvaise foi, dans une séparation des autres et du monde ? Réponse : nous ne sommes pas prêts à "partir" longtemps. Nous ne voulons pas vraiment voyager.

C’est alors le retour sur des bases fausses mais rassurantes. Repli de l’être qui veut se sentir bien protégé, séparé, "chez soi", distinct. Triche en conscience, jeu avec l’oubli. On éteint le souvenir du "plaisir de se perdre" en ce qu’il eut de départ initiatique

Maître Eckhart se tient sur la même ligne et anticipe lui aussi l’initiation maçonnique. Ce que les hommes ne sont pas capables de longtemps tenir, c’est pour lui la "naissance de Dieu en l’âme". Naissance de la parole, du "Logos". Avec le désir incessant de fixer son identité, tout être humain veut devenir "ceci ou cela" alors que cette naissance de la parole est celle d’une conscience de liberté divine où l’on n’est "ni ceci, ni cela".

Car les hommes ont peur de cette liberté-là, ils craignent que Dieu ne soit pas l’Assureur en dernier recours de leur identité personnelle. Eckhart fait en effet comprendre que Dieu ne dit jamais, ni qui on est, ni qui il est. C’est pourquoi les religions - première forme établie du système des assurances - "créent Dieu dans les croyances", selon le propos infiniment lucide, du côté de l’Islam, du soufi Ibn Arabi.

En instituant leurs religions, les hommes montrent qu’ils ne peuvent pas vraiment accepter que Dieu puisse n'être "ni ceci, ni cela"… Les religions prétendent désirer Dieu, mais c’est déjà mauvaise foi. Eckhart le note : "désirer Dieu sous un mode, c’est désirer le mode, et non Dieu".

Qui est Dieu ? Pour répondre, mieux vaut savoir aussi qui nous sommes. Plotin, déjà, s’était interrogé (Ennéade VI, 4, 14) sur qui l’on est : "Mais nous… Qui "nous" ? Sommes-nous la partie de l’âme qui demeure toujours dans l’esprit, ou bien sommes-nous ce qui s’est ajouté à elle et qui est soumis au devenir du temps ? … Un autre homme s’est attribué à nous et il s’est ajouté à celui que nous étions à l’origine… et ainsi nous sommes devenus les deux, et plus d’une fois nous ne sommes plus celui que nous étions auparavant et nous sommes celui que nous nous sommes ajouté ensuite : l’homme que nous étions cesse d’agir et en quelque sorte d’être présent".

L’insoutenable légèreté de l’être
se dit désormais avec le langage positif des sciences de la psyché. Avec une science qui ne se reconnaît comme telle que si elle énonce des choses réfutables, nous pouvons aujourd’hui choisir d’autres mots convenus pour le dire, la réalité demeure la même.

Remonter à Plotin, quand on est franc-maçon, c’est mieux éclairer la profonde faiblesse "ontologique" qui fait recourir, d’un jour à l’autre, au repli sur l’individualisme, au désir d’accaparer, à l’acceptation de la violence et de la concurrence, à la compensation illusoire avec des avoirs inutiles. Avec, en boomerang, la crainte tout aussi récurrente de perdre tout çà, et surtout la peur atroce de la mort.

Au contraire, remonter jusqu’à Plotin, c’est peut-être pouvoir mieux se rappeler que si vient un nouvel amour, ou une réconciliation entre l’autre et soi, ou que reprenne le sentiment d’une union intime avec les choses de l’univers, d’un coup, on aura moins peur. Ce sera une nouvelle liberté, un espace agrandi pour respirer le parfum de la vie. Et trouver en soi davantage de générosité d’être.
 

Par Pierrick - Publié dans : Franc-Maçonnerie - Communauté : Franc-maçonnerie
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Mardi 26 mai 2009

Maître Eckhart, une autre source de la libre pensée maçonnique -

Plotin s’intéresse aux images autant qu’aux mots pour "sortir" ce qu’il pense. En le suivant, on commence à entrevoir ce que toute spiritualité - y compris maçonnique - imagine, plutôt qu’elle ne le pense - à propos de la cause première de toute forme de vie. Y compris la vie de l’esprit, la circulation de la parole. De leur côté, nombre de mystiques religieux et athées n’ont cessé de parler de limpidité, de nudité, d’immobilité à propos du "fond de l’âme", du "fond de soi". Qu’est-ce qui peut sortir d’une réalité parfaitement limpide, nue, immobile comme une eau qui fait miroir ou transparence, sinon une image, simplement une image ?

De fait, en toutes visions spirituelles et symboliques, on en revient à la puissance intérieure de l’image, et à sa puissance communicatrice. Comment oublier en écho que le franc-maçon naît en tant que tel à la suite de quelques épreuves, dont celle du miroir, et ne se laisse reconnaître que par ce qu’il réussit à communiquer ? Comment calmer et polir l’esprit pour qu’il devienne miroir limpide, reflet pur, transparence ?

Plotin parle d’un chemin délicat à suivre à travers différents niveaux de conscience. Il décrit un travail sans fin, une difficile conversion du regard, une sensibilité grandissante à la beauté, à la présence de l’indicible. Il postule la nécessité du détachement de soi. Il dit que l’échec, s’il vient, naît de ce que l’on ne retranche pas suffisamment de soi ce qui n’est pas conforme à l’essence recherchée. Il pointe l’insuffisance des mots, le manque d’humilité, le fait que l’on ne cherche pas la vérité du réel là où elle est la plus "comme une", la plus commune. Cette approche essentielle de la réalité, on la retrouvera chez une autre source surprenante - encore peu reconnue en tant que telle - de la libre pensée maçonnique : Maître Eckhart.

Eckhart von Hochheim (1260 - 1327) est un théologien et philosophe dominicain, le premier des mystiques rhénans. Il étudia la théologie à Erfurt, puis à Cologne et à Paris. Il enseigna à Paris, prêcha à Cologne et Strasbourg, et administra la province dominicaine de Teutonie depuis Erfurt. Poussant à l’extrême la volonté de dénuder la pensée concernant Dieu de toute illusion égocentrique - et ne voulant attribuer à Dieu que l’amour - Maître Eckhart ne va pas dire autre chose dès son quatrième sermon. Il parle du plus intime de l’âme, de ce lieu secret où toutes choses se doivent d’être "présentes et intérieurement vivantes et en recherche" ... Attitude de quiconque veut réellement connaître.

Il demande : "Pourquoi n’en trouves-tu rien ? Parce que tu n’es pas là chez toi. Plus noble est la chose, plus elle est commune ... Le sens, je l’ai commun avec les animaux. Et la vie, je l’ai commune avec les arbres ... L’être, je l’ai en commun avec toutes les créatures ... Le ciel est plus vaste que tout ce qui est en dessous ... C’est pourquoi, il est le plus noble ... L’amour est noble parce qu’il est commun".

Plotin, puis Eckhart, parlent d’amour et de connaissance, des expériences les plus belles de la vie, et ils disent que ce sont les plus communes. Captivés l’un et l’autre par le lien entre amour et beauté, ils remarquent que, dans l’ordinaire du temps, nous ne pensons être nous-mêmes qu’en nous séparant des autres, en criant : "moi, moi, moi !".

Mais que, dans la contemplation de Dieu, ou devant un paysage sublime, ou bien - étant amoureux - devant l’être aimé devenant tout pour soi, ou bien lorsqu’une œuvre d’art nous pénètre à ce point où nous devenons son mouvement même en perdant conscience de toute autre chose, à ces moments-là nous ne sommes plus conscients de nous, nous sommes la totalité de ce que nous ressentons. Nous sommes Un. A
près, nous découvrons, stupéfaits, que nous étions infiniment plus "nous-mêmes" dans cet oubli, qu’auparavant.

A un autre plan, c’est également - faut-il le rappeler ? - l’expérience rare mais inoubliable de "l’égrégore" des loges qui s’attachent à travailler de leur mieux sur le chantier de l’initiation maçonnique. Le bonheur - "Dieu" - cela vient lorsqu’on se sent inséparé de l’autre et du monde.

C’est à partir de cette expérience accessible à tous et toutes que Plotin justifie l’Un comme fondement de l’Etre. Il l’exprime en langage néo-platonicien. Dans cette même perspective, Eckhart inscrit de façon splendide le riche vocabulaire de la théologie chrétienne médiévale. "Dieu" sort de l’Un par la liberté du "Père", le Père engendre le Fils dans l’égalité la plus absolue, et entre eux existe aussitôt l’Esprit qui est amour. La Trinité Père - Fils - Esprit est d’emblée liberté - égalité - amour.

Là-dessus pourront venir et s’exprimer à leur façon d’autres enseignements, dont ceux - discrets et symboliques - de la franc-maçonnerie. Tous ces enseignements, à commencer par ceux de Plotin et d’Eckhart ont en commun de douter de leurs propres mots. Et c’est toujours, en eux, la quête de la Parole perdue.

Lorsqu’ils parlent, les initiants savent qu’ils vont bientôt devoir se taire, et cela, ils ne le craignent pas. Ils ont découvert que le meilleur d’eux-mêmes a lieu quand ils sont en dehors d’eux, et que leur parole n’est là que pour les transporter au dehors de ce qu’ils sont. Ils ont réalisé que la parole commence par dire "je suis celui qui suis" et finit par reconnaître : "je suis ce que je suis".

Puis, c’est le détachement définitif de soi, le silence. Et c’est dans le silence que la parole renaît : "je suis". La mort n’y peut rien : "mort, je suis celui qui parle sans être là" ...
 

Par Pierrick - Publié dans : Franc-Maçonnerie - Communauté : Franc-maçonnerie
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